La chanteuse, qui sera à Genève le 4 mai, célèbre ses 15 ans de carrière. Un beau parcours grâce à ses prises de risque.
Elle s’excuse de nous appeler cinq minutes en retard. Qui pourrait lui en vouloir? Car entre les interviews, sa tournée et sa nouvelle vie de maman, Nolwenn Leroy est plus occupée que jamais. Pour se faire pardonner, l’artiste de 35 ans ne fait pas attention au temps qui passe. Elle se confie sur son dernier album, «Ge1020mme», ses envies, sans oublier la «Star Academy», qu’elle a gagnée en 2002. «À chaque fois qu’on m’en parle, j’ai l’impression de prendre un gros coup de vieux. (Rires.)»
Vous avez attendu cinq ans pour publier «Gemme», qui est déjà disque d’or en France.
Oui, j’ai mis un peu de temps à revenir. Mais pour ma défense, j’écris mes chansons. Je suis contente. Le marché de la musique n’est plus le même. Il faut rester présent non-stop et occuper l’espace. Tout a changé dans la manière de «consommer» les chansons. Il faut s’adapter et enchaîner les projets. Mais, parfois, j’ai aussi l’impression qu’il faut savoir se faire oublier, pour mieux revenir.
Vous n’aviez pas peur que le succès ne soit pas au rendez-vous?
Sincèrement, je ne fais pas de la musique pour ça. Par exemple, lorsque je suis arrivée avec le projet de «Bretonne» personne n’y croyait. Et le public s’en est emparé. Le succès arrive toujours là où on l’attend le moins. C’est ça qui rend cette aventure magique.
Votre dernier opus sonne nettement plus pop que les précédents, non?
Oui, on revient plus à des chansons pop, mais on retrouve toujours des sonorités celtes. L’idée de cet album était de présenter un résumé de tout ce que j’ai pu faire jusqu’ici.
Vous chantez en anglais sur trois titres, dont la chanson «Run It Down» qui rappelle l’univers de Florence and the Machine.
J’adore. Je suis complètement fan de Florence Welch que j’ai vue en concert plusieurs fois. C’est effectivement un clin d’œil. Ce morceau détonne un peu du reste de l’opus, car il est un peu plus énergique. Mais il s’intègre bien et je termine le spectacle avec ce titre. Je donne tout pour la fin.
Vous aimeriez collaborer avec elle?
J’en rêve! Ce serait extraordinaire. Le producteur de «Gemme» a travaillé avec Florence Welch. Ce n’est pas anodin que les sons, les ambiances racontent la même histoire.
Avez-vous des artistes de la scène française qui vous plaisent autant?
Il y en a pas mal oui. Aujourd’hui, j’aime beaucoup Benjamin Biolay ou dans un tout autre style Vianney. Humainement, c’est un garçon fabuleux et c’est un très bon mélodiste. Ce serait génial d’écrire un jour avec lui. J’aime travailler à quatre mains, même si c’est important pour moi d’écrire mes chansons.
D'ailleurs, vous avez une manière particulière d’écrire vos chansons.
Les mots viennent d’abord en anglais. Certainement car j’ai travaillé au Royaume-Uni toutes ces dernières années. J’ai vécu aussi aux États-Unis. À l’âge de 15 ans, j’étais dans une High School dans l’Ohio et l’anglais est devenu un peu ma deuxième langue maternelle.
Vous gardez un bon souvenir de cet échange?
C’est la plus belle année de ma vie. Ma graduation était un moment fantastique, avec la toge et le chapeau. Tous ces instants passés avec mes amis américains, mais aussi avec les étudiants en échange, dont ma meilleure amie qui est Néerlandaise. Je l’ai revue récemment car j’ai chanté à Amsterdam. On s’est remémoré toutes nos péripéties d’il y a 20 ans. Rien que dire «20 ans», j’ai envie de pleurer. (Rires.)
Et avec cet amour pour la langue de Shakespeare, vous rêvez d’une carrière plus internationale?
Oui, mais des artistes français qui ont une véritable renommée à l’international il n’y en a pas 36. Ce n’est pas évident. Dès que j’ai l’opportunité d’aller à l’étranger, je la saisis car je chante dans toutes les langues. J’adorerais que ma carrière soit encore plus installée. Notamment aux États-Unis. Mais ça représente beaucoup d’argent. Un de mes projets est d’enregistrer un album entièrement en anglais.
Vous partez avec une longueur d’avance. Vous aviez fait le buzz il y a quelques années car un neurologue avait affirmé que votre voix a des effets positifs sur les lésions cérébrales.
Oui, c’est vrai. D'ailleurs vous ne vous sentez pas mieux depuis que vous me parlez? (Rires.) Là, c’était plus de la musicothérapie. C’est apparemment des fréquences dans ma voix, mais j’ai essayé sur moi-même, mes proches… Cela ne marche pas. (Elle éclate de rire et au même moment on entend un cri de bébé.)
Je crois avoir entendu votre fils, Marin, il vous suit durant la tournée?
C’est bien lui. Il a hérité de la voix qui porte de sa maman. (Rires.) Tout se passe bien avec mon bébé globe-trotter que j’emmène partout. Cela demande une intendance particulière, mais je n’ai jamais été aussi heureuse en tournée. C’est une énergie différente. À la fois, c’est plus de fatigue, mais c’est deux fois plus de bonheur.
À 9 mois, il commence déjà à avoir son petit caractère?
Oh oui, c’est aussi le fils de sa maman de ce côté-là. Comme il est avec moi partout et qu’il voit beaucoup de monde, c’est un petit très sociable et tout sourire.
En mars, on fêtait les 15 ans de la sortie de votre premier single, «Cassé». Honnêtement, avez-vous toujours du plaisir à interpréter ce titre?
Je ne l’interprète pas souvent à vrai dire. Je l’avais un peu réorchestré lors de mes anciennes tournées car les gens aiment bien réécouter le morceau. Pour être honnête, lorsque j’ai dû faire la setlist de la tournée, tous les titres à partir du deuxième album s’intégraient parfaitement. C’est la même histoire, il y a une cohésion. Contrairement au premier opus qui est un peu à part car il faisait partie du package «Star Academy». Mais même si les chansons détonnent un peu, je suis toujours heureuse de les chanter. «Cassé» reste un énorme tube. Il n’y a pas de honte.
À part ce premier album, on vous a imposé des choses durant votre carrière?
Non, j’ai toujours eu une grande liberté concernant mes projets. Et c’est vraiment difficile de m’obliger à faire quelque chose. Je n’ai jamais eu peur de dire non. Je n’ai pas de manager, et je parle toujours en mon nom. J’aurais tout arrêté si on ne m’avait pas laissé la possibilité de faire ce que je voulais.
Vous avez déjà refusé quoi?
Des collaborations avec des artistes qui travaillaient avec tout le monde. Et sous prétexte que ça marche avec l’un, ça marchera avec n’importe qui. Je trouvais ça idiot. Je n’ai travaillé qu’avec des personnes où il y avait une histoire par rapport à notre rencontre. Il y a toujours eu une raison. J’ai aussi dit non à certaines émissions ou des projets pour garder mon intégrité.
Quel conseil donneriez-vous à une personne sortant d’un télé-crochet aujourd'hui?
Lorsqu'on est une fille et qu’on arrive dans ce métier à l’âge de 20 ans, il ne faut pas avoir peur de s’affirmer. J’ai pu très vite passer pour la casse-c… Mais je ne serais certainement pas ici si je ne l’avais pas fait. Je conseillerais d’avoir de vrais partis pris. C’est ce qui est le plus important. De ne pas avoir peur de suivre ses idées, de ne suivre aucune mode, de garder son caractère et ses défauts. C’est avec ses différences qu’on touche et qu’on se démarque.
© Le Matin