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La Dépêche d’Evreux – Nolwenn Leroy : « Je n’ai jamais fait des choix de facilité » – Nolwenn.org

La Dépêche d’Evreux – Nolwenn Leroy : « Je n’ai jamais fait des choix de facilité »

La chanteuse Nolwenn Leroy est en concert mardi 30 avril 2019 à 20 heures, au Cadran à Evreux.

Nolwenn Leroy sera sur la scène du Cadran, à Évreux, mardi à 20 heures, pour défendre « Folk », son album de reprises de chansons des années 70 (avec des titres de Nicolas Peyrac, Jacques Higelin ou encore Yves Simon). Avant, elle s’est prêtée au jeu du question/réponse par téléphone, tout en gardant un œil sur son fils. Extraits.

Avec votre album Folk, vous dites effectuer un travail de « passeuse », en reprenant des chansons des années 70. Or, ce ne sont pas des chansons de votre génération, qui vous les a transmises ?

Nolwenn Leroy : Ce ne sont pas des chansons de ma génération, c’est justement ce qui me donne l’envie de les reprendre et qui a suscité cet intérêt-là. Beaucoup de gens de ma génération, je pense, sont fascinés par les années 70 et tout ce qui se passait à cette période-là, aussi bien au niveau de la mode que de la musique. C’était une période – en tout cas, il me semble – un peu plus insouciante qu'aujourd'hui. On a besoin de se rassurer un peu. Notamment aujourd'hui, alors qu’on traverse des heures difficiles. Finalement, ces chansons-là sont assez réconfortantes, dans la façon dont elles étaient écrites – excusez-moi, je suis en train de me débarrasser de mon bébé qui est dans mes pattes. Et il fait des bêtises… Arnaud ! S’il te plaît… [elle s’adresse à son conjoint et père de son fils, Marin, le tennisman Arnaud Clément, ndlr]. Pardon, j’ai un petit garçon que je ne lâche jamais…

Je sais. Enfin, je sais que vous êtes discrète sur votre vie privée, mais j’ai lu des trucs dans la presse…

Ouais, ouais… En fait, voilà… Il est tout le temps, tout le temps avec moi. Et puis voilà. Mais c’est bien.

C’est un luxe.

Le moment de la petite enfance, ça passe tellement vite que pour rien au monde, je ne le laisserai à quelqu’un d’autre. Il me suit partout, il vient en tournée avec moi, dans le tour bus, c’est génial. Il mène une vie de saltimbanque. Eh oui, et donc, du coup, ces chansons, forcément, je rêvais sur les vinyles de ma maman. Il y avait, bien sûr, Kate Bush, il y avait aussi tous ces folkeux des années 70. C’est une scène et pas mal de chansons intemporelles. Certaines restent plus que d’autres. J’ai fait ma propre liste de chansons. J’ai recoupé avec certaines personnes qui ont bien connu cette époque-là. Ça avait aussi un sens par rapport à l’album « Bretonne » [2010]. La Folk, ça évoque souvent la musique américaine, alors qu’il y a une vraie scène en France, dans ces années-là. C’est aussi l’idée de rendre hommage à cette scène-là. Avec des chansons qui ont marqué cette époque-là. Avec des chansons magnifiques.

« Ces chansons-là sont assez réconfortantes »

Vous avez intitulé votre album « Folk », alors qu'aujourd'hui tout le monde ne jure plus que par l’électro, le rap ou le hip-hop, même pour le rock, c’est difficile.

Qu’est-ce que ça signifie, une certaine maturité, un caractère fort, une forme d’indépendance, une volonté de sortir du lot ?

L’indépendance, certainement. Et puis la liberté dans mes choix. À mes débuts, on me pensait un peu dans un carcan, en étant révélée par un télécrochet [elle a remporté la Star Academy, en 2002, ndlr]. Là, ça fait quand même des années et des années que j’ai une liberté artistique totale. Depuis mon deuxième album, auprès de Laurent Voulzy. Les suivants. « Bretonne », n’en parlons même pas. Ce n’était pas le projet branché du moment, quand je l’ai sorti. Tout le monde se demandait pourquoi après l’album « Le Cheshire Cat et moi » [2009] qui était réalisé de manière un peu indé avec [Teitur Lassen] un ami auteur-compositeur des Îles Féroé. Je n’ai jamais fait des choix de facilité. J’ai toujours fait des choix de cœur, de passion. Et c’est comme ça que j’avance. Parfois, on rencontre le public sur ce chemin-là, parfois on ne le rencontre pas. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on est toujours fier de ce que l’on fait.

Ne pas suivre la mode, c’est aussi une façon de ne pas vous ringardiser. Parce que tout ce qui est à la mode est très vite démodé par la mode suivante.

Absolument. Il est vrai que quand on commence à faire le truc à la mode, qui passe à la radio et qui marche bien auprès du jeune public… La mode, c’est ça, à partir du moment où on suit ce courant-là, ça fait déjà partie du passé. Je pense que la meilleure façon de rester à la page, c’est justement d’essayer de ne pas trop écouter ce qui se passe autour, de rester dans son petit monde à soi. Et d’avancer comme ça avec sincérité et intégrité. Parce que ces choix-là, on ne les regrette jamais. On a l’impression de raconter à chaque fois une histoire différente. Et d’être dans la création, aussi. C’est comme ça que je fonctionne. J’ai cette idée-là, je vais au bout de cette idée-là. Je ne me suis jamais trop préoccupée de ce qui se faisait.

Vous évoquiez vos débuts ; au départ, on vous prédisait un succès sans lendemain, or, ça fait 16 ans que ça dure et tout se passe bien. Aujourd'hui encore, on continue à dire que les artistes qui émergent n’auront pas de longue carrière. Est-ce que c’est vrai ? Et quel est le secret de votre longévité, s’il y a un secret ?

Je ne sais pas. On continue à le dire parce que ce sont – vous savez – des petites phrases toutes faites que l’on dit en France et dans un certain milieu peut-être parisien. La réalité, quand on regarde les ventes de disques, les artistes qui ont émergé ces dernières années, il y en a quand même un bon paquet qui a été révélé par des télécrochets.

Et vous, c’était il y a 16 ans.

Alors qu’on ne me donnait pas plus de 6 mois à ce moment-là. Je ne sais pas quoi dire à part que le temps a prouvé le contraire. Le temps qui passe fait bien les choses. Moi, j’essayais de m’isoler, à ce moment-là, de tout ce que j’entendais, en me disant que c’était une chance « d’être élue » par le public. Et d’avoir cette opportunité de me faire entendre et de travailler dans ce métier sans avoir aucun piston, en venant de province, en ayant un parcours totalement atypique. J’étais au conservatoire, en classe de chant classique et de violon. J’étais en fac de droit, à côté. Je n’avais jamais fait de casting auparavant. J’étais un peu l’anti-candidate de par ma formation et mon parcours classique. J’ai envoyé cette cassette et ça a marché. Je ne vois pas de quoi je pourrais avoir honte, aujourd'hui, bien au contraire.

« C’est le fond qui importe »

Pour moi, ça reste une force, une chance. Ça me dépasse toujours un peu. La preuve, les noms ont changé, les concepts ont changé, mais de tout temps, il y a eu des radiocrochets, des télécrochets et c’est encore le cas, aujourd’hui, pour faire entendre et découvrir certains talents. C’est peut-être le meilleur moyen. Je ne comprends toujours pas quel est le procès qui est fait, le problème. Quand je parlais de « petit monde à soi », sans dire « univers » qui est un peu galvaudé, aujourd'hui, quand on arrive avec une identité, quelque chose de très fort, on sait ce que l’on veut, ce que l’on ne veut pas, et qu’on arrive à bien s’entourer, à garder un peu les pieds sur terre pour essayer de faire les choix les meilleurs, ça se passe bien. Il faut avoir quelque chose à dire, à raconter dans ses chansons. Et ça, que l’on soit révélé par un télécrochet ou par autre chose, c’est le plus important. Ce n’est pas la forme, c’est le fond qui importe. C’est un des moyens les plus honorables pour se faire connaître, aujourd'hui.

Vous l’avez évoqué, vous avez fait du droit. Vous étiez aussi tentée par l’humanitaire. Aujourd'hui, vous mettez votre notoriété au service de certaines causes particulières. J’ai vu que vous souteniez la Fondation Abbé Pierre… C’est une façon de retrouver vos premiers engagements.

J’étais en fac de droit au cas où la musique ne fonctionnerait pas. Mon plan B était très certainement de travailler dans l’humanitaire. J’avais fait un voyage au Mali pour distribuer des fournitures scolaires. Ça a toujours été important, pour moi. Aujourd'hui, servir certaines causes en ayant accès à certains médias, pouvoir faire passer certains messages, dès que j’en ai la possibilité, je le fais. J’ai rencontré l’Abbé Pierre, il y a quelques années, avant qu’il ne parte pour ses « grandes vacances », comme il le disait. C’est vrai que j’ai souhaité m’associer à la fondation Abbé Pierre parce que, malheureusement, son message est tristement d’actualité. Les problèmes de logement en France sont là. Il y a encore des gens qui n’ont pas de quoi se loger, de quoi se nourrir dans un pays riche comme la France… C’est indigne.

« Je suis solidaire de Blanche Gardin »

Vous avez lu la lettre de Blanche Gardin [publiée à la veille de cet entretien, au début du mois d’avril] où elle justifie son refus d’être nommée dans l’Ordre des Arts et des Lettres. Parce que le Président de la République n’a pas tenu son engagement sur la question des sans-abri.

Je n’ai pas de soucis à ce niveau parce que des décorations, je n’en ai pas (rire). Les Arts et Lettres ou autre chose… Je n’ai pas ce genre de problème. Mais je suis solidaire, en tout cas, de Blanche Gardin et du soutien qu’elle apporte aussi à la Fondation. Je la trouve assez incroyable sur scène, elle a un talent incroyable. Et ce qu’elle a fait aussi, en donnant un spectacle au Zénith pour la Fondation, c’était super. Elle était là, aussi, lors d’une soirée où c’était fou et terriblement triste, ils ont décerné des prix [« Les Pics d’or », ndlr], comme des récompenses, aux pires entreprises, magasins, tous les lieux à Paris où on installe des dispositifs anti-sdf. C’était l’escalade, l’horreur en voyant ces dispositifs-là, les pires ont reçu un prix…

Pour revenir à la musique, au concert de mardi soir, à Évreux, comment avez-vous construit votre setlist ?

Il y a déjà l’album « Folk ». J’avais envie que la tournée reflète ce qu’il y a sur l’album, son parti pris – on a enregistré dans les conditions du live. C’est un album parenthèse, une respiration entre mes projets d’écritures et de chansons originales. L’idée était aussi que cette tournée soit aussi une forme de parenthèse, qu’on fasse tout l’album sur scène. Et que des chansons de mes albums précédents que j’ai retravaillées de manière un peu folk viennent ponctuer la setlist.

En parallèle, tout en vous occupant de votre enfant, vous travaillez sur des chansons originales de votre prochain album.

Ce ne sera pas avant 2020, ça s’est sûr. La tournée va m’emmener jusqu'à Noël. Même si aujourd'hui, il faut enchaîner, occuper l’espace tout le temps, j’ai besoin de me faire oublier un peu, me faire désirer un peu pour revenir avec un nouvel album. Pour prendre le temps d’écrire, de créer. Ça me demande de me retirer un petit peu.

Avec les smartphones, aujourd'hui, n’importe qui est potentiellement un paparazzi. C’est plus difficile de se retirer, d’être discret. Comment faites-vous pour passer inaperçue ?

C’est compliqué, aujourd'hui, mais… Je fais attention.

Tout le monde n’est pas malveillant non plus. Mais c’est une intranquillité de tous les instants.

Il est certain que les choses ont changé. Sincèrement, j’ai la chance d’être relativement tranquille depuis le début. J’ai fait extrêmement attention à ça, dès le début. Je n’ai jamais pactisé avec le diable, comme on dit. Que ça marche dans mon métier ou que ça marche moins, je n’ai jamais fait de compromis avec qui que ce soit pour être dans la lumière. J’ai toujours eu pleinement conscience du danger et des dérives de la célébrité, et qu’il fallait se protéger et protéger les miens. J’ai toujours été intransigeante et, du coup, on me le rend bien. Globalement, on me laisse tranquille.

« Je ne suis pas blasée »

N’empêche que quand quelqu'un qui vous apprécie vous voit, il a très envie de dégainer son smartphone et d’avoir un selfie.

Oui, mais ça s’est cool. Après, si je suis avec mon enfant, c’est un peu compliqué. Surtout les gens qui ne demandent pas avant. À la limite, je préfère qu’on me demande et… Qu’est-ce que tu fais, toi ? Pardon, c’est mon fils… Non, mais je rêve… Il a 20 mois, il monte l’escalier… Il monte l’escalier à mille à l’heure. Il est rapide. La canaille… Nan, mais en règle générale, il y a peu de gens qui peuvent dire que s’ils m’ont demandé une photo ou un selfie gentiment, j’ai refusé. Ça m’est rarement arrivé. C’est le jeu aussi. On est des personnes publiques.

Certes, mais vous avez une vie privée pendant laquelle vous n’êtes pas en représentation.

Bien sûr, mais malgré tout… Moi-même, je me suis retrouvée dans cette situation où… Je ne suis pas blasée ; parfois, je me retrouve en face de gens que j’ai admirés avant de faire ce métier et même depuis que je le fais aussi. Des gens impressionnants. On se dit : Ah la la, on aimerait bien prendre une photo. Voilà, c’est humain. Après, il y a des gens qui veulent prendre une photo juste pour prendre une photo parce qu’on est à l’ère des selfies et ceux qui vous aiment vraiment, qui ont de l’admiration pour vous, qui sont fans, eux ne vont pas forcément oser vous le demander. C’est surtout ça qui est dommage. Nan, franchement, il y a quand même pire… Faut pas exagérer. Il y a pire dans la vie. Il y a des gens qui ont des vrais problèmes. On parlait de la Fondation Abbé Pierre, tout à l’heure. Je me vois mal dire : Oh oui, c’est trop dur… Faut pas exagérer.

Nolwenn Leroy au Cadran, mardi 30 avril à 20 heures. Tarifs 20 à 45 €.

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